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II

A ces débuts du Broad church, deux hommes, entre plusieurs le personnifiaient à Oxford ; par leur valeur, par leur physionomie, par la place qu’ils occuperont dans l’histoire religieuse de leur temps, ils méritent qu’on s’arrête un instant à les considérer : c’étaient Stanley et Jowett.

Stanley était arrivé à Balliol College, au sortir de Rugby, encore tout plein de sa dévotion envers son maître Arnold, un peu dérouté au milieu des Newmanites, parmi lesquels cependant il nouait quelques-unes de ses meilleures amitiés. Un moment sur le point de subir, lui aussi, la séduction du grand tractarien, il s’était repris aussitôt et s’était confirmé dans ses idées naturelles, qui étaient celles d’un latitudinarisme curieux et tolérant [1]. Ce latitudinarisme, alors mal vu à Oxford, l’avait empêché d’obtenir un fellowship à Balliol et l’avait contraint à se rabattre sur un collège beaucoup moins important, University College. Nommé bientôt tutor, il avait vite gagné la sympathie des jeunes gens placés sous sa direction. Sa réputation commençait même à s’étendre au dehors, grâce surtout à l’éclatant succès de sa Vie d’Arnold, publiée en 1844. C’était d’ailleurs le moment où les événemens qui affaiblissaient le tractarianisme semblaient ouvrir le champ aux influences libérales. Ainsi, à la fin de 1845, à l’heure même de la grande sécession, Stanley était choisi comme select preacher de l’Université. On le vit, en 1846 et en 1847, monter dans cette chaire de Sainte-Marie, naguère occupée par Newman, et y prononcer, sur « l’Age apostolique, » des sermons qui furent le premier manifeste du Broad church, à Oxford : il s’y appliquait à introduire, dans l’étude de l’Ecriture sainte et de l’histoire religieuse, la méthode et les résultats de la critique allemande. Il poursuivit cette œuvre dans les années qui suivirent, d’abord par un Commentaire sur les Épures de saint Paul aux Corinthiens (1855) et un travail de restitution géographique intitulé, Sinaï et Palestine (1856), ensuite par ses cours, quand lord Palmerston le fit nommer, à la fin de 1856, regius professor d’histoire ecclésiastique à l’Université d’Oxford.

  1. Voir ce que j’en ai dit dans la Première partie de la Renaissance catholique en Angleterre au XIXe siècle, p. 161 à 165. — Pour la suite de la carrière de Stanley, voir surtout Life of Dean Stanley, par Rowland E. Prothero, 2 vol.