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réalisation complète ; — une hardiesse inventive que ni les réformes ni les innovations n’effrayaient ; — par-dessus tout, une multiplicité d’idées, d’efforts et d’entreprises à laquelle, dans la société contemporaine, rien ne semble interdit ni ne reste étranger.


IV. — LA RAISON DU SECRET DE LA COMPAGNIE

Mais, après cet inventaire sommaire d’une œuvre si hardie, si constante, si vaste surtout et si variée, on n’est plus tenté de s’étonner, je pense, que la Compagnie du Saint-Sacrement s’entourât de tant de mystère. C’est le contraire qui serait admirable ; c’est qu’elle eût, au grand jour et, si je puis dire, effrontément, fait concurrence et à l’Église et à l’État.

A l’État : car il ne faut pas croire, en effet, que, même en 1627, à la date où elle se forma, il n’aurait pas eu déjà lieu de se considérer comme lésé par elle. Assurément le gouvernement central avait assez à faire de reconstituer dans sa plénitude la force de la royauté pour ne pas se soucier encore d’en réclamer tous les devoirs. Et c’est probablement pourquoi Richelieu, instruit de la naissance de la Compagnie par le Roi, par l’archevêque de Lyon, son frère, par le Père Joseph, confrère et commensal [1] du Père Philippe d’Angoumois, la laissa se développer et travailler en paix. Peut-être ne la suivit-il pas d’un œil bien appliqué ; peut-être le Père Joseph prit-il soin de ne pas ramener son souvenir sur elle ; mais sans doute aussi voyait-il, provisoirement, sans défaveur, les efforts que la petite troupe, modeste encore [2], de pieux rêveurs protégés par le Roi, faisait en vue de cette contre-réformation catholique dont, pour le moment, il ne pouvait lui-même se charger [3]. N’oublions pas, toutefois, que, même pendant ce règne de Louis XIII, où les guerres intérieures et extérieures tinrent perpétuellement en haleine le ministère et absorbèrent la meilleure part de son attention, d’assez nombreuses mesures montrèrent de temps à autre que le pouvoir central n’entendait pas rester indifférent et qu’il prétendait bien

  1. Au couvent des capucins du faubourg Saint-Honoré.
  2. Il semble, d’après les dates données ou indiquées par D’Argenson (M. Allier les réunit en les complétant et les corrigeant, p. 233, note 1), que ce fut surtout après la mort de Richelieu que la Compagnie se répandit en province.
  3. Voyez Fagniez, ouvrage cité, t. II, en. I.