Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 17.djvu/596

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se déroulent avant que les Savoyards aient été appelés à voter pour faire connaître leurs intentions, permettent de prévoir que les meneurs se savent maîtres du vote. Déjà les Jacobins, chaque jour plus nombreux, annoncent le prochain triomphe des doctrines qu’ils professent, la confiscation des biens des émigrés, l’établissement de la constitution civile du clergé.

A Paris, la nouvelle de l’entrée des Français en Savoie, arrivée dans les derniers jours de septembre, au moment où la Convention nationale tenait ses premières séances, y provoqua une joie qui tenait du délire. Dans les nuages si gros de périls, amoncelés sur la patrie : l’insurrection vendéenne, la marche des armées étrangères vers Paris, la prise de Longwy, l’investissement de Verdun, épisodes douloureux d’une histoire tragique, dramatisée encore par les massacres des prisons, par l’envoi de la famille royale au Temple et par l’abolition de la royauté ; dans ces nuages cette nouvelle ouvrait une éclaircie. A la Convention, un débat s’engagea aussitôt sur la question de savoir si la Savoie serait immédiatement annexée et formerait un quatre-vingt-quatrième département ou si la faculté de choisir leur régime futur serait laissée aux habitans du pays. Cette dernière solution prévalut. Il fut décidé que trois des commissaires délégués à l’armée des Alpes : Dubois-Crancé, Lacombe-Saint-Michel et Gasparin se rendraient à Chambéry pour y procéder à une consultation nationale.

Comme le décret qui les désignait venait d’être voté, un député du Bas-Rhin encore inconnu, nommé Philibert Simond, parut à la tribune. Il y était monté la veille pour la première fois afin de demander le rapport du décret de destitution, antérieurement prononcé contre Montesquiou et dont l’exécution avait été suspendue jusqu’à la fin des opérations de ce général en Savoie. Il y remontait ce jour-là pour solliciter un congé. « Je suis Savoisien, dit-il, j’ai été proscrit par le gouvernement piémontais ; je demande que la Convention m’accorde un congé pour me rendre en Savoie où ma mère âgée de quatre-vingts ans et une sœur de vingt-deux ans me reverront avec d’autant plus de plaisir qu’elles connaissent tout mon amour pour la liberté. Je ne doute pas que le plaisir qu’aura ma respectable mère ne soit assez vif pour que la durée de ses jours en soit prolongée. Si je peux être aux Savoisiens de quelque utilité pour qu’ils puissent mettre à profit la liberté que nous venons de leur rendre, bien