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Le nom de la famille est Gavin. Je ne sais si c’est le vrai : au lieu d’un cheval tué, c’est un vrai meurtre. La nouvelle qu’un de mes amis a lue n’est pas mal.

« Marmier est arrivé, et cela me débauche beaucoup ; je passe ma vie à dîner au restaurant. J’ai toujours mon mal de voix, qui n’empire pas, mais qui ne guérit pas. Marmier vous dit mille amitiés, il est revenu le même, jeune, frais, non marié.

« On a donné Ruy Blas, je ne l’ai pas vu, ni peut-être ne le verrai, étant à cet égard des moins curieux. C’est le genre Hugo au complet, du fort et du sublime selon certains, plus de grossier et de violent que jamais : un certificat d’incurable, magnifiquement historié, et avec de grosses majuscules rouges.

« Je m’amuse assez de toute la politique, étant, grâce à la Revue, au centre. Quelle lanterne magique ! L’article de Lerminier [1] a soulevé des tempêtes : cela a remué dans son fond toute cette mare infecte de la presse, et il en est résulté pour lui mainte éclaboussure. Pourtant l’infection est bien dans la presse même et ceux qui l’ont si fort attaqué valent moins. On craint du bruit pour son cours.

« Chateaubriand continue ses Mémoires avec une persistante jeunesse : j’en entends tous les dimanches deux ou trois chapitres en compagnie chez Mme Récamier ; l’autre dimanche, c’a été plus court ; il avait brûlé le travail de la semaine, en étant peu content : bel exemple et leçon à nous tous [2].

« Ampère est en Italie et y reste ; si j’avais de la voix, je le suppléerais.

« Mme de Tascher, de retour ici, s’informe de vous ; elle aime fort Mickiewicz et m’a elle-même raconté le malheur de sa femme et le sien. Mme de Castries revient enfin de Dieppe. Si j’avais de la voix (éternel refrain) et un cabriolet, je ferais six lieues par jour dans Paris et ne serais quitte encore que de l’indispensable en fait de visites.

« Cousin, qui a manqué mourir du même mal exactement que M. Manuel, semble revenu à bien. Je lui ai donné l’autre jour le bras à sa première sortie pour aller à l’Académie. A Paris, tout est une épigramme.

  1. La Presse politique, dans la Revue du 15 octobre 1838.
  2. Cette partie des Mémoires de Chateaubriand comprend le récit de sa carrière littéraire, de 1800 à 1814 et d’une partie de sa carrière politique, de 1814 à 1828. Elle fut composée de 1836 à 1839 et remplit les quatre derniers volumes.