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« combisme » n’est pourtant pas tout ce que M. Combes pense qu’il est : ce n’est qu’un accident passager de la maladie politique de ce pays.

Un accident, et non la maladie elle-même. Elle est antérieure au ministère Combes, et, si longtemps que nous le devions souffrir, nous en souffrirons plus longtemps encore. « La responsabilité n’est nulle part, » gémit-on d’une plainte commune : si la responsabilité n’est nulle part, c’est que nul ne sait où est, en fait et réellement, l’autorité. La question à poser n’est donc pas : Quel sera demain le gouvernement ? mais bien : Y a-t-il un gouvernement ? Où est, en France, le gouvernement ?


I

Le gouvernement n’est évidemment pas dans le gouvernement. Evidemment, le gouvernement banquette, inaugure, pérore, signe, exécute, et ne gouverne pas. On l’a vu presque tous les jours depuis la formation du Cabinet. Mais alors qui gouverne ? La grande pensée du règne, — d’autant plus grande, comme on l’a dit, qu’elle semble avoir été et devoir être la seule, — la grande affaire du ministère Combes, l’application de la loi contre les congrégations, en a fourni un bel exemple. M. Combes avait annoncé urbi et orbi, par le canal de sa presse ordinaire, qu’il avait sur la procédure à suivre des intentions, et plus que des intentions, des volontés très arrêtées. Ou cela ou rien : il était tout d’une pièce, et le fer, auprès de lui, pliait comme un roseau. Brusquement, c’est une autre procédure, c’est la procédure contraire qui devient la bonne, et c’est elle que recommande et adopte « l’obstiné vieillard, » sans qu’on ait su exactement, — cet « On » qui n’est pas initié aux secrets du Bloc et le menu fretin, le vulgaire troupeau des gens du Bloc eux-mêmes, — à quelles sollicitations, représentations ou injonctions il s’était rendu, sous quelle pression ou quelle poussée le renversement s’était opéré.

Il y avait eu, ouvertement, officiellement, des entrevues entre le président du Conseil et la Commission des associations et, plus ou moins secrètement, des conciliabules entre le même président du Conseil et la Délégation permanente des gauches. Ce n’étaient, paraît-il, pendant les séances de la Chambre, qu’apartés dans les couloirs, que conspirations dans les coins ; et les curieux