Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 18.djvu/53

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


jusqu’à la suppression complète de la liberté d’enseignement à ses divers degrés ; jusqu’au monopole universitaire ; jusqu’à la séparation des Eglises et de l’Etat ; toutes choses qu’il ne voulait point, ou voulait mal, ou ne voulait qu’à demi. Il marchera, quels que soient les soubresauts de son spiritualisme intermittent, et il n’en sera pas moins fier ; au contraire.

Messieurs, s’écriait-il dans une de ses harangues présidentielles [1], je ne me dissimule pas que, par ces appels réitérés à l’union des républicains, j’ai l’air de justifier le reproche, qui m’est journellement adressé par l’opposition, de suivre la majorité, au lieu de la conduire. Il se peut que j’aie du rôle d’un chef de gouvernement une conception peu flatteuse pour certains amours-propres. Mais je me fais difficilement à l’idée d’un président du Conseil républicain qui mène la majorité où bon lui semble… Peut-être les régimes absolus en ont-ils connu de tels. Je doute qu’il en ait existé un seul sous notre régime, et, s’il eût existé, je doute fort qu’il eût été suivi. Le sic volo, sic jubeo, n’est plus de notre temps… Quant à moi, Messieurs, je m’inquiète peu de savoir si c’est le ministère oui mène ou qui est mené…

On le voit : c’est toute une théorie du gouvernement de suite, et le morceau vaut une brève analyse. M. Combes s’inquiète peu de mener ou d’être mené. Autrefois, peut-être, on disait : Sic volo, sic jubeo. Passe pour un Richelieu ! Celui-là menait peut-être, sous le régime absolu, la majorité où bon lui semblait ! M. Combes ne fait pas, quant à lui, tant de façons ; et, pour un peu, il dirait bien : Sic volunt, sic jussus sum. Comme il ne serait pas suivi, il suit, et « il se peut qu’il ait du rôle du gouvernement une conception peu flatteuse pour certains amours-propres, » mais il l’a, et elle satisfait le sien, son amour-propre, ou il ne place pas là son amour-propre. Et, du moment que l’amour-propre de M. Combes est satisfait ou qu’il n’y met pas d’amour-propre, qu’est-ce que la France réclame ? Elle veut que le gouvernement gouverne ! Qu’est-ce que cela peut lui faire, puisqu’elle est quand même gouvernée, et que le gouvernement consent à être gouverné ?

C’est ainsi que le gouvernement glisse hors du gouvernement ; et c’est ainsi que la facile composition, le renoncement de M. Combes dépasse de beaucoup, déborde la personnalité de

  1. Discours prononcé le 11 octobre au parc d’artillerie des Gravanches, près Clermont-Ferrand, par M. Emile Combes, président du Conseil, ministre de, l’Intérieur et des Cultes, à l’occasion de l’inauguration de la statue de Vercingétorix. Journal Officiel du 13, p. 6302.