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L’ÉVOLUTION DES DÉPENSES PRIVÉES

DEPUIS SEPT SIÈCLES



I

LE NIVELLEMENT DES JOUISSANCES


Supposez qu’un romancier, vers la fin du règne de Louis XVI, ait dévoilé sous forme de fiction, à la masse rationnée et agenouillée de l’ancien régime, tout ce que le siècle futur lui ménageait de bien-être et de dignité, et qu’il ait montré dans ce même livre comment les hommes de cet âge béni ne se verraient pas plus heureux ; certainement on eût regardé ses imaginations comme des rêves et ses conclusions comme un sot pessimisme. On n’eût ajouté foi ni aux oracles miraculeux de ce devin, ni aux résultats maussades qu’il prédisait. Pourtant les uns et les autres se sont réalisés.

Par ce qui s’est passé hier nous pouvons augurer ce qui se passera demain. On changera nos costumes, on ne changera point nos figures. On pourra améliorer dix fois plus qu’on ne l’a fait la condition de la majorité des hommes ; nos fils ne seront pas plus satisfaits par là que ne le sont nos contemporains. On peut tout nous promettre, on peut tenir tout ce qu’on nous promettra, nous pouvons tout attendre sauf le bonheur. Le bonheur, s’il est vrai, comme dit la sagesse antique, que « chacun le porte en soi, » chez qui se plaît à l’en faire sortir, il n’est au pouvoir de personne de le faire rentrer.