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II


Avant d’étudier l’emploi que chaque classe sociale, à chaque époque, a fait de son argent, il faut d’abord observer que la nature des divers besoins a beaucoup varié, en même temps que leur importance respective dans le budget se modifiait sous mille influences. Beaucoup de dépenses anciennes ont disparu, d’autres ont diminué ou augmenté, soit en quantité, soit en prix, enfin de nouvelles dépenses ont surgi. L’on conçoit aisément que l’effet de ces changemens n’était pas du tout le même pour toutes les bourses ; la situation pécuniaire de tel ou tel groupe se ressentait plus ou moins de la suppression, de la réduction, de l’accroissement de telle ou telle dépense, à proportion de la place que cette dépense tenait précédemment dans son budget.

Dans les comptes de ménage aussi, beaucoup de chapitres se sont transformés, soit qu’ils répondissent aux mêmes besoins sous des noms différens, soit que les mêmes noms fussent donnés à des objets différens par leur substance. Lorsqu’on s’applique seulement à comparer le coût de la vie à diverses époques pour en déduire le pouvoir d’achat de l’argent, on est bien forcé de suivre à travers les âges des marchandises identiques et, tout en attribuant à chacune, — laine ou froment, bois ou chandelle, — une part correspondant à la place effective qu’elle occupe dans la vie du commun des hommes, on est tenu de maintenir cette part invariable au long des siècles.

Mais en réalité le rôLe de chaque comestible, de chaque combustible, de chaque tissu et de presque tous les objets que l’on appelle « nécessaires » a varié considérablement selon les mœurs, les goûts, les conditions économiques, et surtout suivant les découvertes de la science. Et il n’est d’aucune conséquence que le prix des choses dont on ne fait plus ou presque plus usage ait haussé ou baissé ; tandis qu’il est de grande conséquence que des matières nouvelles ou des systèmes nouveaux aient été créés, procurant, à très bon marché parfois, des jouissances jadis onéreuses.

Or ces révolutions ont été si nombreuses de nos jours que nous ne mangeons, nous ne buvons presque plus rien de ce que mangeaient et buvaient nos pères ; l’histoire des denrées nous l’apprendra. Et non seulement l’alimentation, mais l’habillement,