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LE MYSTÈRE DE L’INDE.

les forêts, près des lacs sacrés, dans les solitudes de l’Himalaya ou au bord des grands fleuves. Pour seule demeure, un abri de bois recouvert de feuillages. D’habitude, quelques disciples les entouraient dans l’ermitage rustique. Parfois ils habitaient seuls leur cabane, près d’un feu couvant sous la cendre, ou avec une gazelle, compagne silencieuse et docile de leurs méditations profondes. Les richis formaient, à vrai dire, l’ordre supérieur des brahmanes. D’eux venaient la doctrine, la pensée inspiratrice, les règles et les lois de la vie, la sagesse secrète. Quelques-uns d’entre eux, comme Viçvamitra et Vasichta, sont nommés dans les Védas comme auteurs des hymnes. En quoi consistait donc cette sagesse immémoriale, qui remonte à des temps où l’usage de l’écriture était encore inconnu ? Elle est si loin de nous que nous avons peine à nous la figurer. Car elle repose sur un autre mode de perception et sur un autre mode de pensée que ceux de l’homme actuel, qui ne perçoit que par les sens et ne pense que par l’analyse. Appelons la sagesse des richis : voyance spirituelle, illumination intérieure, contemplation intuitive et synthétique de l’homme et de l’univers. Ce qui peut nous aider à comprendre ces facultés aujourd’hui atrophiées, c’est l’état d’âme qui les développa. Comme toutes les grandes choses, la voyance des premiers sages de l’Inde naquit d’une nostalgie profonde et d’un effort surhumain.

À une époque beaucoup plus ancienne encore, au temps de l’Atlantide, l’homme primitif avait joui d’une sorte de communion instinctive avec les forces cachées de la nature et les puissances cosmiques. Il les percevait directement, sans effort, dans la vie des élémens, comme à travers un voile translucide. Il ne les formulait pas, il s’en distinguait à peine. Il vivait avec elles, en elles ; il en faisait partie. Ce que nous appelons l’invisible était visible pour lui extérieurement. Pour sa vision comme pour sa conscience, le matériel et le spirituel se confondaient en une masse mouvante et inextricable de phénomènes, mais il avait le sentiment d’une communion immédiate avec la source des choses. Les Aryens, tout en développant un ordre de facultés nouvelles (réflexion, raison, analyse), avaient conservé un reste de cette voyance spontanée et on en trouve mainte trace dans les hymnes védiques. Mais cette faculté naturelle diminua à mesure qu’ils quittèrent la vie pastorale pour se jeter dans la vie guerrière, nécessitée par la conquête de