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qui s’élève au-dessus de l’eau et laisse retomber sa sagesse sur les autres âmes, comme le lotus épanoui parsème ses gouttes de rosée sur les nymphéas qui nagent à la surface du fleuve. »

À l’âge de quatre-vingts ans, Bouddha se trouvait dans une de ses retraites d’été, à Bélouva, quand il tomba malade et sentit l’approche de la mort. Alors il pensa à ses disciples : « Il ne convient pas, se dit-il, d’entrer dans le Nirvâna sans avoir parlé à ceux qui ont pris soin de moi. Je veux vaincre cette maladie par ma force et retenir ma vie en moi. » Alors la maladie du sublime disparut. Et Bouddha s’assit à l’ombre de la maison qui avait été préparée pour lui. Son disciple préféré, Ananda, accourut et lui fit part de son effroi en ajoutant : « Je savais que le Bienheureux n’entrerait pas dans le Nirvana sans avoir annoncé sa volonté à la communauté de ses disciples. — Que demande la communauté ? dit Bouddha. J’ai prêché la doctrine. Je ne veux pas régner sur la communauté, Ananda. Laissez la vérité être votre flambeau. Celui qui maintenant et après ma mort est son propre flambeau et son propre refuge, celui qui ne cherche pas d’autre refuge que la vérité, et marche dans la droite voie, celui-là est mon disciple. »

Et Bouddha se leva, rejoignant les autres disciples et se mit en route avec eux, voulant marcher et enseigner jusqu’au bout. Il s’arrêta quelque temps à Vésala, mais à Kousinara ses forces l’abandonnèrent. On l’étendit sur un tapis, entre deux arbres jumeaux. Là, il resta couché comme un lion fatigué. Ne pouvant supporter ce spectacle, le disciple qu’il aimait, Ananda, rentra dans la maison et se mit à pleurer. Bouddha, devinant sa tristesse, le fit rappeler et dit : « Ne gémis pas, Ananda, ne t’ai-je pas dit qu’il faut quitter tout ce qu’on aime ? Comment serait-il possible que ce qui est né et soumis à l’éphémère échappât à la destruction ? Mais toi, Ananda, pendant longtemps tu as honoré le Parfait ; tu as été pour lui plein d’amour, de bonté, de joie, sans fausseté, sans cesse, en pensées, en paroles et en œuvres. Tu as fait le bien, Ananda. Efforce-toi maintenant, et bientôt tu seras libre de péché. » Peu avant d’expirer, Bouddha dit : « Peut-être aurez-vous cette pensée, Ananda : la parole a perdu son maître, nous n’avons plus de maître. Il ne faut pas penser ainsi. La Doctrine et l’Ordre que je vous ai enseignés, voilà votre maître, quand je serai parti. » Ses dernières