Page:Revue des Deux Mondes - 1911 - tome 1.djvu/696

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
690
690
REVUE DES DEUX MONDES.

de leur variété. Il sait que le ciel cache dans son azur des combats sans nombre, mais aussi des félicités inconnues. Les voyages cosmiques lui promettent plus de merveilles encore que les voyages terrestres. Enfin il croit avec le Christ et son Verbe à une victoire finale sur le mal et la mort, à une transfiguration de la terre et de l’humanité, à la fin des temps, par la descente complète de l’Esprit dans la chair. Le vieux bouddhisme et le pessimisme contemporain affirment que tout désir, toute forme, toute vie, toute conscience est un mal et que le seul refuge est dans l’inconscience totale. Leur félicité est purement négative. L’Aryen considère la lassitude de vivre comme une sorte de lâcheté. Il croit à une félicité active dans l’épanouissement de son désir, comme à la fécondité souveraine de l’amour et du sacrifice. Pour lui, les formes éphémères sont des messagères du divin. Il croit donc à la possibilité de l’action et de la création dans le temps avec la conscience de l’Éternel. L’ayant éprouvé et vécu, il sent son âme pareille à un navire qui surnage toujours dans la tempête. C’est le seul repos, c’est le calme divin auquel il aspire. Pour tout dire, dans le concept de l’Aryen, la disparition de l’univers visible, ce que l’Indou appelle le sommeil de Brahma, ne serait qu’un inénarrable rêve, un silence du Verbe se recueillant en lui-même pour écouter chanter ses harmonies intimes avec ses myriades d’âmes et se préparer à une nouvelle création.

Mais ne soyons point injustes pour l’Inde et pour son Bouddha, puisqu’ils nous ont légué le trésor de la plus antique sagesse. Rendons-leur, au contraire, le culte reconnaissant qu’on doit aux plus lointains ancêtres et aux premiers mystères religieux de notre race.

Lorsque la femme indoue montait sur le bûcher de son époux et que la flamme meurtrière la touchait, elle jetait son collier de perles à ses enfans comme un dernier adieu. C’est ainsi que l’Inde agonisante, assise sur le tombeau de ses héros aryens, jeta au jeune Occident la religion de la pitié et l’idée féconde de la réincarnation.


Édouard Schuré.