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958 REVUE DES DEUX MONDES.

nération baisse dans une proportion sensible, quelle en sera la conséquence ? Inévitablement le prix du charbon augmentera et l’industrie anglaise en souffrira : elle soutiendra moins bien la concurrence que lui fait l’industrie étrangère sur le marché du monde, et il en résultera une crise dont les propriélaires de mines ne seront pas seuls à supporter les conséquences ; l’ouvrier en sera atteint à son tour en vertu d’une loi de répercussion plus puissante que toutes celles que votent les parlemens.

Nombreux en Angleterre sont ceux qui s’en rendent compte : cependant, on l’a vu, lebill a été voté par les deux Chambres au pas de course. Est-ce que la Chambre des Lords, est-ce que la Chambre des Comnmnes elle-même se sont fait illusion sur la gravité de la loi ? Non certainement ; mais l’armée ouvrière, dans tout le royaume, était menaçante, les bras croisés, le regard fixe et impérieux. Voilà pourquoi on a cédé et personne à coup sur ne pense que ce sera pour la dernière fois. Lord Lansdowne a donc eu raison de dire que la grève noire de 1912 et que l’adoption du bill qui y a mis finprovisoi-X’ement marqueraient une époque nouvelle dans l’histoire économique du pays : il aurait même pu ajouter dans son histoire politique et sociale. Et qui pourrait croire que ce qui se passe en Angleterre ne produira pas de contre-coups prochains dans le reste du monde ? Tout va vite aujourd’hui : la logique immanente des choses évolue avec une rapidité vertigineuse. Notre époque est sans doute la plus révolutionnaire qui ait jamais existé. Si on s’en aperçoit moins, ou si ou le sent plus faiblement qu’on ne l’a fait dans certaines autres, c’est i[u’autrefois la révolution rencontrait des résistances et qu’elle les brisait avec un fracas retentissant. Aujourd’hui tout plie doucement devant elle ; elle ne rencontre de résistance nulle part. Les ruines qu’elle prépare en sont moins apparentes, moins immédiates, mais elles n’en sont ni moins réelles, ni moins profondes. Le gouvernement anglais sonne le glas funèbre dies vieilles institutions et de la ^•ieille société, et les Chambres estiment qu’U faut en prendre son paiii. Elles le prennent donc, et l’histoire seule pourra dire un jour si cette résignation a été de leur part un acte de sagesse ou une imprudente : abdication.

Francis Cbarmes.

Le Directeur-Gérant,

Francis Cuarmes.