Page:Rodin - L’Art, 1911, éd. Gsell.djvu/256

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avez montré cette impatience de l’esprit contre les chaînes de la matière.

Presque tous rappellent les beaux vers du poète :

Ainsi qu’en s’envolant l’oiseau courbe la branche,
Son âme avait brisé son corps !


Vous avez représenté les écrivains la tête inclinée comme sous le poids de leurs pensées. Quant à vos artistes, ils fixent droit devant eux la Nature, mais ils sont hagards, parce que leur rêverie les entraîne bien au delà de ce qu’ils voient, bien au delà de ce qu’ils peuvent exprimer !

Tel buste de femme, au Musée du Luxembourg, peut-être le plus beau que vous ayez sculpté, penche et vacille, comme si l’âme était prise d’étourdissement en plongeant dans l’abîme du songe.

Et, pour tout dire, vos bustes m’ont souvent rappelé les portraits de Rembrandt : car le maître hollandais a, lui aussi, rendu sensible cet appel de l’infini en éclairant le front de ses personnages par une lumière qui tombe d’en haut.


— Me comparer à Rembrandt, quel sacrilège ! s’écria vivement Rodin… À Rembrandt, le colosse de l’Art ! Y pensez-vous, mon ami !… Devant