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LE DESESPOIR
lui à Lucques, l'attendit, de longs jours, et il commen- çait à désespérer, (i) Enfin, le 20 novembre, Michel- Ange rentra à Florence. (2) Le 23, sa sentence de ban- nissement fut levée par la Seigneurie ; mais il fut décidé que le grand Conseil lui resterait fermé, trois ans. (3)
Dès lors, Michel-Ange fit bravement son devoir jusqu'au bout. Il reprit sa place à San Miniato, que les ennemis bombardaient depuis un mois; il fit fortifier de nouveau la colUne, inventa des engins nouveaux, et sauva, dit-on, le campanile, en le garnissant de balles de laine et de matelas suspendus à des cordes. (4) La dernière trace que l'on ait de son activité pendant le siège est une nouvelle du 22 février i53o, qui le montre grimpant sur le dôme de la cathédrale, pour surveiller les mouvements de l'ennemi, ou pour inspec- ter l'état de la coupole.
Cependant, le malheur prévu s'accomplit. Le 2 août i53o, Malatesla BagUoni trahit. Le 12, Florence capitula,
��(i) Il lui écrivit de nouvelles lettres, le conjurant de revenir.
(2) Quatre jours avant, sa pension lui avait été enlevée par dé- cret de la Seigneurie.
(3) D'après une lettre de Michel-Ange à Sébastien del Piombo, il aurait dû aussi payer à la Commune une amende de i.5oo ducats.
(4) « Lorsque le pape Clément et les Espagnols vinrent mettre le siège devant Florence, raconte Michel-Ange à François de Hol- lande, les ennemis furent longtemps arrêtés par les machines que j'avais fait élever sur les tours. Une nuit, je faisais couvrir l'exté- rieur des murs de sacs de laine ; une autre, je faisais creuser des fossés, que je remplissais de poudre, pour brûler les Castillans ; je faisais sauter dans l'air leurs membres déchirés... Voilà à quoi sert la peinture ! EUe sert pour les machines et pour les instru- ments de guerre ; elle sert pour donner une forme convenable aux bombardes et aux arquebuses ; elle sert pour jeter des ponts et confectionner des échelles ; elle sert surtout pour les plans et les proportions des forteresses, des bastions, des fossés, des mines et contremines... »
(François de Hollande : Dialogue sur la peinture dans la cille de Rome. Troisième partie, 1549)
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