Page:Rostand - Cyrano de Bergerac.djvu/150

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Un autre.

Qu’est-ce qu’on pourrait bien dévorer ?


Cyrano, lui jetant le livre qu’il tient à la main.

Qu’est-ce qu’on pourrait bien dévorer ?L’Iliade.


Un autre.

Le ministre, à Paris, fait ses quatre repas !


Cyrano.

Il devrait t’envoyer du perdreau ?


Le meme.

Il devrait t’envoyer du perdreau ?Pourquoi pas ?
Et du vin !


Cyrano.

Et du vin !Richelieu, du bourgogne, if you please ?


Le meme.

Par quelque capucin !


Cyrano.

Par quelque capucin !L’éminence qui grise ?


Un autre.

J’ai des faims d’ogre !


Cyrano.

J’ai des faims d’ogre !Eh ! bien !… tu croques le marmot !


Le premier cadet, haussant les épaules.

Toujours le mot, la pointe !


Cyrano.

Toujours le mot, la pointe !Oui, la pointe, le mot !
Et je voudrais mourir, un soir, sous un ciel rose,
En faisant un bon mot, pour une belle cause !
— Oh ! frappé par la seule arme noble qui soit,
Et par un ennemi qu’on sait digne de soi,
Sur un gazon de gloire et loin d’un lit de fièvres,
Tomber la pointe au cœur en même temps qu’aux lèvres !


Cris de tous.

J’ai faim !


Cyrano, se croisant les bras.

J’ai faim !Ah çà ! mais vous ne pensez qu’à manger ?…
— Approche, Bertrandou le fifre, ancien berger ;