Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/273

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la foule par ce qui arriva du temps des Gracques, où une partie des citoyens donnait son suffrage de dessus les toits.

Où le droit et la liberté sont toutes choses, les inconvénients ne sont rien. Chez ce sage peuple, tout était mis à sa juste mesure; il laissait faire à ses licteurs ce que ses tribuns n’eussent osé faire : il ne craignait pas que ses licteurs voulussent le repré- senter (’).

Pour expliquer cependant comment les tribuns le représentaient quelquefois, il suffit de concevoir comment le gouvernement représente le souverain. La loi n’étant que la déclaration de la volonté géné- rale, il est clair que, dans la puissance législative, le peuple ne peut être représenté; mais il peut et doit l’être dans la puissance executive, qui n’est que la force appliquée à la loi. Ceci fait voir qu’en exami- nant bien les choses on trouverait que très peu de nations ont des lois ( 8 ). Quoi qu’il en soit, il est sûr que les tribuns, n’ayant aucune partie du pouvoir exécutif, ne purent jamais représenter le peuple romain par les droits de leurs charges, mais seule- ment en usurpant sur ceux du sénat ( 3 ).

(*) Les « assemblées par curies » ayant perdu progres- sivement leur importance et leur autorité, les patriciens, à l’époque de Cicéron, ne s’y rendaient plus eux-mêmes et chaque curie était simplement représentée par son licteur. — Cela sera expliqué plus au long par Rousseau lui-même, IV, iv.

( 2 ) De véritables lois, émanant vraiment de la volonté générale et du seul pouvoir législatif.

| 3 ) Le sénat romain était en effet un conseil exécutif et nullement une assemblée législative. Sur les institutions romaines, voir plus loin, IV, iv.