Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 1.djvu/436

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1655 cet endroit-là de ridicule ; car de la manière dont je vous écrivis, c’est un miracle que vous ayez pu comprendre ce que je vous voulois dire, et je vois bien qu’en effet vous avez de l’esprit, ou que ma lettre est meilleure que je ne pensois : quoi qu’il en soit, je suis fort aise que vous ayez profité de l’avis que je vous donnois.

On m’a dit que vous sollicitiez de demeurer sur la frontière cet hiver. Comme vous savez, mon pauvre cousin, que je vous aime un peu rustaudement, je voudrois qu’on vous l’accordât ; car on dit qu’il n’y a rien qui avance tant les gens, et vous ne doutez pas de la passion que j’ai pour votre fortune. Mais[1], quoi qu’il puisse arriver, je serai contente. Si vous demeurez sur la frontière, l’amitié solide y trouvera son compte, et si vous revenez, l’amitié tendre sera satisfaite.

On dit que Mme de Châtillon[2] est chez l’abbé Foucquet[3], cela paroît fort plaisant à tout le monde[4].

Mme de Roquelaure[5] est revenue tellement belle,

  1. LETTRE 36. — Bussy avait d’abord écrit ainsi, qu’il a effacé et remplacé par mais.
  2. Isabelle-Angélique de Montmorency Bouteville, née en 1626, sœur du maréchal de Luxembourg, était alors veuve de Gaspard de Coligny, duc de Châtillon, tué à l’attaque de Charenton. Elle épousa à trente-huit ans, en 1664, Christian-Louis, duc de Mecklenbourg, ou, comme on disait au dix-septième siècle, de Meckelbourg. C’est la fameuse duchesse de Châtillon, dont les galanteries et les intrigues occupent tant de place dans l’Histoire amoureuse des Gaules.
  3. Basile Foucquet, abbé de Barbeaux et de Rigny, chancelier des ordres du Roi, agent de Mazarin, mourut en 1680, peu de temps avant son frère le surintendant.
  4. Mazarin mit la duchesse de Châtillon en chartre privée chez l’abbé Foucquet, pour la forcer d’écrire au maréchal d’Hoquincourt, amoureux d’elle, et d’user de tout son ascendant pour l’empêcher de livrer Péronne aux Espagnols. Bussy raconte dans l’Histoire amoureuse des Gaules, tome II, p. 406, que Mme de Châtillon resta trois semaines sous la garde de l’abbé.
  5. Voyez la note 7 de la lettre 26.