Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 1.djvu/557

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1668

qu’elle le soit assez pour pousser son injustice jusqu’au bout contre la plus jolie fille de France. Donnez-vous un peu de patience, ma belle cousine, et vous découvrirez peut-être les raisons qu’elle a eues de faire ce qu’elle a fait.

Adieu, ma chère cousine. La fin de votre lettre m’attendrit furieusement pour vous, et je vous dirai sur cela en deux mots que je n’aime ni n’estime au monde personne tant que vous.




86. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ AU COMTE
DE BUSSY RABUTIN.
À Paris, ce 4e septembre 1668[1].

LEVEZ-VOUS, Comte, je ne veux point vous tuer à terre ; ou reprenez votre épée pour recommencer notre combat. Mais il vaut mieux que je vous donne la vie, et que nous vivions en paix. Vous avouerez seulement la chose comme elle s’est passée : c’est tout ce que je veux. Voilà un procédé assez honnête : vous ne me pouvez plus appeler justement une petite brutale.

Je ne trouve pas que vous ayez conservé une grande tendresse pour la belle qui vous captivoit autrefois. Il en faut revenir à ce que vous avez dit :

          À la cour,
Quand on a perdu l’estime,
          On perd l’amour.

  1. LETTRE 86. — Dans le manuscrit de Langheac, cette lettre est datée de Livry, le 29e août 1668.