Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 1.djvu/558

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1668

M. de Montausier[1] vient d’être fait gouverneur de Monsieur le Dauphin :

Je t’ai comblé de biens, je t’en veux accabler[2].

Adieu, Comte. Présentement que je vous ai battu, je dirai partout que vous êtes le plus brave homme de France, et je conterai notre combat le jour que je parlerai des combats singuliers.

Ma fille vous fait ses compliments. L’opinion que vous avez de sa fortune nous console un peu.




87. — DU COMTE DE BUSSY RABUTIN
À MADAME DE SÉVIGNÉ.

Aussitôt que j’eus reçu cette lettre, j’y fis cette réponse.

À Chaseu, ce 7e septembre 1668[3].

RIEN n’est plus généreux que l’action que vous venez de faire, Madame. Oui, je la dirai partout ; mais je ne

  1. Charles de Sainte-Maure devint baron de Montausier en 1635, marquis en 1644, gouverneur de Normandie en 1663, duc en 1664. Il avait épousé en juillet 1645 la célèbre Julie d’Angennes, sœur de la première femme du comte de Grignan.
  2. Mme de Sévigné cite, en l’altérant, un vers bien connu du Cinna de Corneille, acte V, scène iii :

    Tu trahis mes bienfaits, je les veux redoubler ;
    Je t’en avois comblé, je t’en veux accabler.

  3. LETTRE 87. — Dans le manuscrit de Langheac, cette lettre est datée de Bussy, le 30e août 1668, et la seconde phrase y est ainsi conçue : « Oui, je le dirai partout, au hasard que notre rencontre passe pour un rendez-vous ; mais je ne comprends pas comment vous pouvez si bien parler procédé. Pour moi, je crois que vous avez fait quelques combats en Bretagne qu’on n’a point sus, mais qui vous ont appris ce langage. »