Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 1.djvu/560

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1668
88. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ AU COMTE
DE BUSSY RABUTIN.
À Paris, ce 4e décembre 1668[1].

NAVEZ-VOUS pas reçu ma lettre où je vous donnois la vie, et ne voulois pas vous tuer à terre ? J’attendois une réponse sur cette belle action ; mais vous n’y avez pas pensé ; vous vous êtes contenté de vous relever, et de reprendre votre épée comme je vous l’ordonnois. J’espère que ce ne sera pas pour vous en servir jamais contre moi.

Il faut que je vous apprenne une nouvelle qui sans doute vous donnera de la joie ; c’est qu’enfin la plus jolie fille de France épouse, non pas le plus joli garçon, mais un des plus honnêtes hommes du royaume : c’est M. de Grignan, que vous connoissez il y a longtemps[2]. Toutes ses femmes sont mortes pour faire place à votre cousine, et même son père et son fils, par une bonté extraordinaire[3], de sorte qu’étant plus riche qu’il n’a jamais été, et se trouvant d’ailleurs, et par sa naissance, et par ses établissements, et par ses bonnes qualités, tel que nous le pouvons souhaiter, nous ne le marchandons point, comme on a accoutumé de faire : nous nous en fions bien aux deux familles qui ont passé devant nous[4]. Il paroît fort content de notre alliance, et aussitôt que nous aurons des nouvelles de l’archevêque d’Arles[5] son oncle, son

  1. LETTRE 88. — Dans le manuscrit de Langheac, cette lettre est datée du 25e novembre 1668.
  2. Voyez la Notice, p. 104 et suivantes.
  3. Dans le manuscrit de Langheac : « par un excès de civilité. »
  4. Voyez la Notice, p. 106 et suivante.
  5. François Adhémar de Monteil de Grignan, d’abord évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux, puis archevêque d’Arles de 1643 à 1689, mourut le 9 mars de cette dernière année, à l’âge de quatre-vingt-six ans.