Page:Schopenhauer - Le Monde comme volonté et comme représentation, Burdeau, tome 1, 1912.djvu/131

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n’en tiendrons aucun compte, à cet égard, et nous le considérerons comme le dernier retranchement du scepticisme, qui, par ïiature, aime la chicane. Cependant notre connaissance, toujours liée à l’individu, et par cela même limitée, demande que l’individu, tout en étant un, puisse cependant connaître tout, et c’est même cette limitation qui fait naître le besoin d’une science philosophique : aussi nous, qui cherchons justement dans la philosophie un moyen de reculer les limites de notre connaissance, nous ne regarderons cet argument de l’égoïsme théorique, que le scepticisme nous oppose ici, que comme un petit fort de frontière, qui sans doute est toujours imprenable, mais aussi dont la garnison ne peut jamais sortir ; c’est pourquoi on passe sans l’attaquer : il n’y a aucun danger à l’avoir sur ses derrières. Nous avons donc maintenant, de l’essence et de l’activité de notre propre corps, une double connaissance bien significative, et qui nous est donnée de deux façons très différentes ; nous allons nous en servir comme d’une clef, pour pénétrer jusqu’à l’essence de tous les phénomènes et de tous les objets de la nature qui ne nous sont pas donnés, dans la conscience, comme étant notre propre corps, et que par conséquent nous ne connaissons pas de deux façons, mais qui ne sont que nos représentations ; nous les jugerons par analogie avec notre corps et nous supposerons que si, d’une part, ils sont semblables à lui, en tant que représentations, et, d’autre pari, si on leur ajoute l’existence en tant que représentation du sujet ; le reste, par son essence, doit être le même que ce que nous appelons en nous volonté. Quelle autre espèce d’existence ou de réalité pourrions-nous attribuer, en effet, au monde des corps ? Où prendre les éléments dont nous la composerions ? En dehors ? En dehors de la volonté et de la représentation, nous ne pouvons rien penser. Si nous voulons attribuer la plus grande réalité au monde des corps, que nous percevons immédiatement, dans notre représentation, nous lui donnerons celle qu’a, aux yeux de chacun, notre propre corps : car c’est pour tout le monde ce qu’il y a de plus réel. Mais si nous analysons la réalité de ce corps et de ces actions, nous ne trouvons en lui, — outre qu’il est notre représentation, — que ceci, c’est à savoir qu’il est notre volonté : de là découle toute sa réalité. Nous ne pouvons, par conséquent, trouver d’autre réalité à mettre dans le monde des corps. S’il doit être quelque chose de plus que notre représentation, nous devons dire qu’en dehors de la représentation, c’est-à-dire en lui-même et par son essence, il doit être ce que nous trouvons immédiatement en nous sous ce nom de volonté. Je dis : par son essence. Cette essence de la volonté, nous devons d’abord apprendre à la mieux connaître, afin de savoir la distinguer de tout ce qui n’est pas elle, de tout ce qui appartient déjà à