Page:Science et foi.djvu/5

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Mais qu’en dit cette fois le Révérend ? Le texte de Jean n’est n’est-il pas assez carré ? Les étoiles tombent bien sur la terre. Plus moyen de se réfugier dans les nébuleuses en tire-bouchons. Jean est-il apocryphe, ou le Saint-Esprit lui a-t-il soufflé une absurdité ? Il faut choisir entre ces deux blasphèmes.

Hélas ! oui, la foi de notre fusioniste est bien envolée. Et, s’il vous plaît, malheureux incrédule, qui empêche Dieu de faire tomber les étoiles sur la terre ? Serait-ce la petitesse de notre planète, qui est, aux astres scintillants des nuits, comme une graine de tabac est au Roi des potirons, promené en triomphe à la halle ? Assurément une pluie de potirons sur une graine de tabac est peu convenable. Mais très Révérend Père, avez-vous défendu au Tout-Puissant de changer d’abord la graine de tabac en Roi des potirons et les potirons en graines de tabac ?

Serait-ce encore la distance incommensurable, qui exige vingt, cent, et mille ans pour l’arrivée de la lumière, et dix ou douze mille fois davantage pour l’arrivée des étoiles en personne ? Pourquoi d’un signe, le Père éternel n’effacerait-il pas la distance, en supprimant la distance qui s’étend des astres à nous ? Rien de plus simple. N’est-il pas maître même, pour faire tout à fait honneur à la signature de Jean, son serviteur, d’attacher les étoiles aux branches d’un grand figuier, comme les Allemands pendent les œufs de Pâques à Noël, de façon à nous envoyer d’une chiquenaude, la pluie de figues en étoiles, ou d’étoiles en figues, sans laisser les curieux le nez en l’air, quelques millions d’années, position fatigante à la longue ?

Celui qui de rien a créé l’univers, ne peut-il se donner le passe-temps de jouer aux osselets avec les mondes dans les champs de l’infini, sans tenir compte ni des volumes, ni des distances, ni des lois mathématiques ? Osez-vous bien mesurer la puissance à l’Éternel ? Ah ! j’en appelle aux souvenirs de votre conscience bourrelée. Elle a dû entendre, par là… dans quelque coin… une voix d’en haut lui crier : « Père Gratry, père Gratry, tu as méconnu l’omnipotence de ton Dieu. Pour expier un si grand crime, tu feras deux fois le pèlerinage de Jérusalem, en marchant sur la tête. »

Le père Gratry n’a pas toujours si malencontreusement embourbé sa foi dans les fondrières de la science. Il explique le miracle de Josué avec une orthodoxie toute cavalière « Josué, dit-il, s’est exprimé comme un ignorant. Mais le Seigneur