Page:Sophocle, trad. Leconte de Lisle, 1877.djvu/271

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qu’on a dans sa demeure pour compagne de son lit. Quelle plus grande misère, en effet, qu’un mauvais ami ? Dédaigne donc cette jeune fille, comme une ennemie, et laisse-la se marier chez Aidès. Après l’avoir saisie, seule entre tous les citoyens, désobéissant à mes ordres, je ne passerai point pour menteur devant la ville, je la tuerai. Qu’elle implore Zeus, protecteur de la famille ! Si je laisse faire à ceux qui sont de mon sang, que sera-ce pour les étrangers ? Celui qui est équitable dans les choses domestiques se montrera équitable aussi dans la ville ; mais celui qui viole insolemment les lois et qui pense commander à ses chefs, ne sera point loué par moi. Il faut obéir à celui que la ville a pris pour maître, dans les choses petites ou grandes, justes ou iniques. Je ne douterai jamais d’un tel homme : il commandera bien et se laissera commander. En quelque lieu qu’il soit placé, dans la tempête du combat, il y restera avec loyauté et soutiendra vaillamment ses compagnons. Il n’est point de mal pire que l’anarchie : elle ruine les villes, elle rend les demeures désertes, elle pousse, dans le combat, les troupes à la fuite ; tandis que l’obéissance fait le salut de tous ceux qui sont disciplinés. Ainsi les règles stables doivent être défendues, et il ne faut en aucune façon céder à une femme. Il vaut mieux, si cela est nécessaire, reculer devant un homme, afin qu’on ne dise pas que nous sommes au-dessous des femmes.


LE CHŒUR.

À moins que nous nous abusions à cause de notre vieillesse, il nous semble que tu parles sagement.


HAIMÔN.

Père, les dieux ont donné aux hommes la raison qui