Page:Stendhal - Vie de Henri Brulard, t1, 1913, éd. Debraye.djvu/103

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L’abbé Rey embrassa mon père en silence, je trouvais mon père bien laid, il avait les yeux gonflés, et les larmes le gagnaient à tout moment. J’étais resté dans l’alcôve obscure et je voyais fort bien.

« Mon ami, ceci vient de Dieu », dit enfin l’abbé ; et ce mot, dit par un homme que je haïssais à un autre que je n’aimais guère, me fit réfléchir profondément.

On me croira insensible, je n’étais encore qu’étonné de la mort de ma mère. Je ne comprenais pas ce mot. Oserai-je écrire ce que Marion m’a souvent répété depuis en forme de reproche ? Je me mis à dire du mal de God.

Au reste, supposons que je mente sur ces pointes d’esprit qui percent le sol, certainement je ne mens pas sur tout le reste. Si je suis tenté de mentir, ce sera plus tard, quand il s’agira de très grandes fautes, bien postérieures. Je n’ai aucune foi dans l’esprit des enfants annonçant un homme supérieur. Dans un genre moins sujet à illusions, car enfin les monuments restent, tous les mauvais peintres que j’ai connus ont fait des choses étonnantes vers huit à dix ans et annonçant le génie*.

Hélas ! rien n’annonce le génie, peut-être l’opiniâtreté serait un signe*.

Le lendemain, il fut question de l’enterrement ; mon père, dont la figure était réellement absolument changée, me revêtit d’une sorte de manteau