Page:Stendhal - Vie de Henri Brulard, t1, 1913, éd. Debraye.djvu/65

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chance d’être lu en 1900 par les âmes que j’aime, les madame Roland, les Mélanie Guilbert, les…*

Par exemple, aujourd’hui 24 novembre 1835, j’arrive de la chapelle Sixtine, où je n’ai eu aucun plaisir, quoique muni d’une bonne lunette pour voir la voûte et le Jugement Dernier de Michel-Ange ; mais un excès de café commis avant-hier chez les Caetani, par la faute d’une machine que Michel-Ange* a rapportée de Londres, m’avait jeté dans la névralgie. Une machine trop parfaite. Ce café trop excellent, lettre de change tirée sur le bonheur à venir au profit du moment présent, m’a rendu mon ancienne névralgie, et j’ai été à la chapelle Sixtine comme un mouton, id est sans plaisir, jamais l’imagination n’a pu prendre son vol. J’ai admiré la draperie de brocart d’or, peinte à fresque, à côté du trône, c’est-à-dire du grand fauteuil de bois de noyer du Pape. Cette draperie, qui porte le nom de Sixte IV, Pape (Sixtus IIII, Papa), on peut la toucher de la main, elle est à deux pieds de l’œil où elle fait illusion après trois cent cinquante quatre ans.

N’étant bon à rien, pas même à écrire des lettres officielles pour mon métier, j’ai fait allumer du feu, et j’écris ceci, sans mentir j’espère, sans me faire illusion, avec plaisir, comme une lettre à un ami. Quelles seront les idées de cet ami en 1880 ? Combien différentes des nôtres ! Aujourd’hui c’est une énorme imprudence, une énormité pour les trois