Page:Stendhal - Vie de Henri Brulard, t1, 1913, éd. Debraye.djvu/76

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(à deux cents pieds du niveau du lac), j’écrivais sur la poussière comme Zadig ces initiales :

V. Aa. Ad. M. Mi. Al. Aine. Apg. Mde. C. G. Ar.
1 2 3 4 5 6


(Mme Azur dont j’ai oublié le nom de baptême).

Je rêvais profondément à ces noms, et aux étonnantes bêtises et sottises qu’ils m’ont fait faire (je dis étonnantes pour moi, non pour le lecteur, et d’ailleurs je ne m’en repens pas).

Dans le fait je n’ai eu que six femmes que j’ai aimées.

La plus grande passion est à débattre entre

Mélanie, Alexandrine, Métilde et Clémentine.
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Clémentine est celle qui m’a causé la plus grande douleur en me quittant. Mais cette douleur est-elle comparable à celle occasionnée par Métilde, qui ne voulait pas me dire qu’elle m’aimait ?

Avec toutes celles-là et avec plusieurs autres, j’ai toujours été un enfant ; aussi ai-je eu très peu de succès. Mais, en revanche, elles m’ont occupé beaucoup et passionnément, et laissé des souvenirs qui me charment, quelques-uns après vingt-quatre ans, comme le souvenir de la Madone del Monte à Varèse, en 1811. Je n’ai point été galant, pas assez, je n’étais occupé que de la femme que j’aimais, et quand je n’aimais pas, je rêvais au spectacle des choses humaines, ou je lisais avec délices Montesquieu ou Walter Scott. Par ainsi, comme disent les enfants,