Page:Stendhal - Vie de Henri Brulard, t1, 1913, éd. Debraye.djvu/80

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Barilli, Tachinardi, Mme Festa, Mlle Bereyter). Mon cabriolet attendait à la porte du café Hardy, voilà ce que mon beau-frère* ne m’a jamais pardonné.

Tout cela pouvait passer pour de la fatuité et pourtant n’en était pas. Je cherchais à jouir et à agir, mais je ne cherchais nullement à faire paraître plus de jouissances ou d’action qu’il n’y en avait réellement. M. Prunelle, médecin, homme d’esprit, dont la raison me plaisait fort, horriblement laid et depuis célèbre comme député vendu et maire de Lyon vers 1833, qui était de ma connaissance en ce temps-là, dit de moi : C’est an fier fat. Ce jugement retentit parmi mes connaissances. Peut-être au reste avaient-ils raison.

Mon excellent et vrai bourgeois de beau-frère, M. Périer-Lagrange (ancien négociant qui se ruinait, sans le savoir, en faisant de l’agriculture près de la Tour-du-Pin), déjeunant avec moi au café Hardy et me voyant commander ferme aux garçons, car avec tous mes devoirs à remplir j’étais souvent pressé, fut ravi parce que ces garçons firent entre eux quelque plaisanterie qui impliquait que j’étais un fat, ce qui ne me fâcha nullement. J’ai toujours et comme par instinct (si bien vérifié depuis par les Chambres), profondément méprisé les bourgeois.

Toutefois, j’entrevoyais aussi que parmi les bourgeois seulement se trouvaient les hommes énergiques tels que mon cousin Rebuffel* (négociant rue