Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 1.djvu/124

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spectacle, oubliant complètement sa mère. Ce qu’il venait d’apprendre au sujet de Kitty lui causait de l’émotion et de la joie ; il se redressait involontairement ; ses yeux brillaient, il éprouvait le sentiment d’une victoire.

Le conducteur s’approcha de lui :

« La comtesse Wronsky est dans cette voiture », dit-il.

Ces mots le réveillèrent et l’obligèrent à penser à sa mère et à leur prochaine entrevue. Sans qu’il voulût jamais en convenir avec lui-même, il n’avait pas grand respect pour sa mère, et ne l’aimait pas ; mais son éducation et l’usage du monde dans lequel il vivait ne lui permettaient pas d’admettre qu’il pût y avoir dans ses relations avec elle le moindre manque d’égards. Moins il éprouvait pour elle d’attachement et de considération, plus il exagérait les formes extérieures.


XVIII

Wronsky suivit le conducteur ; en entrant dans le wagon, il s’arrêta pour laisser passer une dame qui sortait, et, avec le tact d’un homme du monde, il la classa d’un coup d’œil parmi les femmes de la meilleure société. Après un mot d’excuse, il allait continuer sa route, mais involontairement il se retourna pour la regarder encore, non à cause de sa beauté, de sa grâce ou de son élégance, mais parce que l’expression