Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 1.djvu/192

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— Oui, j’ai besoin de respirer, il fait si chaud ici ! » Et elle ouvrit la porte.

Le chasse-neige et le vent lui barrèrent le passage ; cela lui parut drôle, et elle lutta pour parvenir à ouvrir la porte. Le vent semblait l’attendre au dehors pour l’enlever gaiement en sifflant ; mais elle s’accrocha d’une main à un poteau, retint ses vêtements de l’autre, et descendit sur le quai.

Une fois abritée par le wagon, elle trouva un peu de calme, et ce fut avec une véritable jouissance qu’elle respira à pleins poumons l’air froid de cette nuit de tempête. Debout près de la voiture, elle regarda autour d’elle le quai couvert de neige et la station toute brillante de lumières.


XXX

Le vent soufflait avec rage, s’engouffrant entre les roues, tourbillonnant autour des poteaux, couvrant de neige les wagons et les hommes. Quelques personnes couraient çà et là, ouvrant et refermant les grandes portes de la station, causant gaiement et faisant grincer sous leurs pieds les planches du quai. Une ombre frôla Anna en se courbant, et elle entendit le bruit d’un marteau sur le fer.

« Qu’on envoie la dépêche ! criait une voix irritée sortant des ténèbres de l’autre côté de la voie. Par ici, s’il vous plaît, n° 28, » criait-on d’autre part. Deux messieurs, la cigarette allumée à la bouche,