Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 1.djvu/397

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n’avons vu Anna Pavlovna, dit un jour la princesse en parlant de Mme Pétrof. Je l’ai invitée à venir, mais elle m’a semblé contrariée.

— Je n’ai pas remarqué cela, maman, répondit Kitty en rougissant subitement.

— Tu n’as pas été chez elle ces jours-ci ?

— Nous projetons pour demain une promenade dans la montagne, dit Kitty.

— Je n’y vois pas d’obstacle », répondit la princesse, remarquant le trouble de sa fille et cherchant à en deviner la cause.

Varinka vint dîner le même jour, et annonça qu’Anna Pavlovna renonçait à l’excursion projetée pour le lendemain ; la princesse s’aperçut que Kitty rougissait encore.

« Kitty, ne s’est-il rien passé de désagréable entre toi et les Pétrof ? lui demanda-t-elle quand elles se retrouvèrent seules. Pourquoi ont-ils cessé d’envoyer les enfants et de venir eux-mêmes ? »

Kitty répondit qu’il ne s’était rien passé et qu’elle ne comprenait pas pourquoi Anna Pavlovna semblait lui en vouloir, et elle disait vrai ; mais si elle ne connaissait pas les causes du changement survenu en Mme Pétrof, elle les devinait, et devinait ainsi une chose qu’elle n’osait pas avouer à elle-même, encore moins à sa mère, tant il aurait été humiliant et pénible de se tromper.

Tous les souvenirs de ses relations avec cette famille lui revenaient les uns après les autres : elle se rappelait la joie naïve qui se peignait sur le bon