Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 1.djvu/399

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dit avant-hier d’un air contrarié : « Eh bien ! voilà qu’il n’a pas voulu prendre son café sans vous, et il vous a attendu, quoiqu’il fût très affaibli. » Peut-être lui ai-je été désagréable quand je lui ai offert le plaid ; c’était pourtant bien simple, mais Pétrof a pris ce petit service d’une façon étrange, et m’a tant remerciée que j’en étais mal à l’aise ; et ce portrait de moi qu’il a si bien réussi ; mais surtout ce regard triste et tendre ! Oui, oui, c’est bien cela ! se répéta Kitty avec effroi ; mais cela ne peut être, ne doit pas être ! Il est si digne de pitié ! » ajouta-t-elle intérieurement.

Ces craintes empoisonnaient le charme de sa nouvelle vie.


CHAPITRE XXXIV


Le prince Cherbatzky vint rejoindre les siens avant la fin de la cure ; il avait été de son côté à Carlsbad, puis à Baden et à Kissingen, pour y retrouver des compatriotes et, comme il disait, « recueillir un peu d’air russe ».

Le prince et la princesse avaient des idées fort opposées sur la vie à l’étranger. La princesse trouvait tout parfait et, malgré sa position bien établie dans la société russe, jouait à la dame européenne : ce qui ne lui allait pas, car c’était une dame russe par excellence.

Quant au prince, il trouvait au contraire tout détestable, la vie européenne insupportable, tenait à ses habitudes russes avec exagération, et cherchait