Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/569

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n’a d’importance que pour moi seul, et mes paroles ne sauraient l’expliquer. – Ce sentiment nouveau ne m’a ni changé, ni ébloui, ni rendu heureux comme je le pensais ; de même que pour l’amour paternel il n’y a eu ni surprise ni ravissement ; mais ce sentiment s’est glissé dans mon âme par la souffrance, désormais il s’y est fermement implanté, et quelque nom que je cherche à lui donner, c’est la foi.

« Je continuerai probablement à m’impatienter contre mon cocher, à discuter inutilement, à exprimer mal à propos mes idées ; je sentirai toujours une barrière entre le sanctuaire de mon âme et l’âme des autres, même celle de ma femme ; je rendrai toujours celle-ci responsable de mes terreurs pour m’en repentir aussitôt. Je continuerai à prier, sans pouvoir m’expliquer pourquoi je prie, mais ma vie intérieure a conquis sa liberté ; elle ne sera plus à la merci des événements, et chaque minute de mon existence aura un sens incontestable et profond, qu’il sera en mon pouvoir d’imprimer à chacune de mes actions : celui du bien. »

FIN DU DEUXIÈME VOLUME