Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/21

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plus belles journées étaient celles où les travaux de la campagne l’appelaient à s’absenter de la cure. Alors j’éprouvais, dès le matin, une confiante sécurité qui répandait son charme sur tous mes projets, et j’oubliais jusqu’aux funestes paroles qui m’avaient tant ému.

Quelquefois aussi, songeant que cet homme était le père de Louise, je surprenais dans mon cœur une involontaire vénération pour lui, et sa rudesse même ne me semblait pas un obstacle à l’aimer. Portant ce sentiment plus loin encore, plus il m’inspirait d’éloignement, plus je trouvais digne d’envie de combler la distance qui me séparait de lui, par le dévouement, le sacrifice et la tendresse ; et, voyant luire au delà des jours sans haine, je cédais au besoin de mon cœur, et, du sein de ma solitude, je chérissais cet homme redouté.




Tout en songeant au chantre, je m’étais étendu sur le dos, après avoir placé mon chapeau sur mon visage pour me défendre du soleil.

J’étais dans cette position, lorsque je sentis une légère démangeaison qui, commençant à l’extrémité de mon pouce, cheminait lentement vers les sommités de ma main droite, négligemment posée par terre. Quand on est seul, tout est événement. Je m’assis pour mieux reconnaître la cause. C’était un tout petit scarabée, d’un beau rouge moucheté de noir, de ceux que chez nous on nomme pernettes. Il s’était mis en route pour visiter les curiosités de ma main ; et, déjà arrivé près de la première phalange, il continuait tranquillement son voyage. L’envie me prit aussitôt de lui faire les honneurs du pays ; et, le voyant hésiter en face des obstacles que lui présentaient les replis de la peau dans