Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/29

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À quelques pas de la mare, un mur soutenait l’espèce de terrasse sur laquelle s’élevait, au milieu des tilleuls et des noyers, le paisible presbytère. Des mousses, des lichens, des milliers de plantes diverses tapissaient cette antique muraille, dont l’abord était embarrassé par une multitude d’arbres et de buissons qui croissaient en désordre dans ce coin retiré. En quelques endroits où la terre était moins profonde, l’herbe seule couvrait le sol, formant ainsi de petits enclos parmi l’ombrage et la fraîcheur.

C’est dans une de ces retraites que je vins m’établir. Le chien m’y avait précédé, flairant le terrain et faisant partir les oiseaux que recelaient ces tranquilles feuillages. Dès que je me fus assis, il vint s’accroupir en face de moi, comme pour savoir à mon air ce que nous allions faire.




C’est à quoi je songeais moi-même, lorsque je crus entendre un petit bruit à quelques pas de nous. Je me levai aussitôt ; et, ayant écarté les branches flexibles qui me fermaient le passage, je vis le chantre qui faisait sa méridienne, couché contre terre.

Je le regardai quelques instants, retenu par je ne sais quelle curiosité. Je trouvais de l’intérêt à considérer, endormi et sans défiance, cet homme que j’étais habitué à voir sous un aspect tout différent. Il me semblait, à la vue de son paisible sommeil, que je sentais mon cœur s’épurer, et l’éloignement qu’il m’inspirait se perdre, dans un sentiment de respect pour son repos. Aussi me retirais-je déjà tout doucement, lorsque je fus ramené plus doucement encore par une indiscrète velléité.