Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/34

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yeux, que je refermai bien vite ; puis, par degrés, je les ouvris tout à fait, et je tournai la tête… Le chantre dormait de tout son cœur, après avoir changé de position.




J’allais me relever tout doucement, lorsqu’au bruit d’un char qui passait sur la route Dourak s’élança impétueusement hors du taillis, en sautant par-dessus le chantre. Je retombai bien vite dans mon profond sommeil.

Le chantre, troublé dans son repos, fit entendre un grognement indistinct, et marmotta quelques mots de gronderie contre le chien… J’attendais mon tour. Cependant, comme sa voix s’en allait mourant, je concevais déjà quelque espoir, lorsque je me sentis frapper lourdement la jambe. Je redoublai de sommeil, après avoir été secoué par un énorme soubresaut.

J’eus le temps de faire des conjectures, car les mêmes terreurs me tenaient les yeux fermés. À la fin, je sentis avec épouvante que le monstre avait une chaleur sensible ; et, l’angoisse montant à son comble, je regardai… C’était la grosse main calleuse, nonchalamment étendue sur ma jambe, avec tout l’avant-bras y attenant.




Cette fois, j’étais pris, pris comme à la trappe. Il n’y avait moyen ni de reculer ni d’avancer. Toutefois, la peur me donnant du courage, et le chantre ne bougeant pas, je me mis à réfléchir avec assez de sang-froid aux ressources que pouvait encore m’offrir ma situation. J’imaginai de substituer à ma jambe quelque appui ar-