Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/36

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au travers du feuillage. Il s’approcha de moi, et me présentant mon chapeau : — Le voici, dit-il à voix basse ; prenez et allez.

Je pris et j’allai, encore plus déconcerté par ce ton inaccoutumé de modération qu’accompagnait un regard sans colère.




Je rejoignis M. Prévère, et nous nous éloignâmes. Pendant que je marchais à ses côtés, mon trouble se dissipait peu à peu ; mais, à mesure que le calme renaissait dans mon âme, une inquiétude d’un autre genre commençait à y poindre. L’air du chantre, la tristesse de M. Prévère, cette promenade inattendue, toutes ces choses présentes à la fois à mon esprit, s’y liaient ensemble d’une façon mystérieuse, et une attente sinistre suspendait ma pensée, impatiente de se porter sur la lettre de Louise.

M. Prévère continuait à marcher en silence. À la fin, je jetai furtivement les yeux sur sa figure, et je crus y surprendre une espèce d’embarras. Le subit effet de cette remarque fut de m’ôter celui qui m’était ordinaire auprès de lui, et je conçus l’espoir de lui parler cette fois selon le gré de mon cœur. L’idée que cet homme, si digne d’être heureux, portait en lui quelque secret chagrin achevait de m’enhardir, par la pensée que peut-être il ne dédaignerait pas de le partager avec moi.

— Si vous avez quelque peine, monsieur Prévère, lui dis-je en rougissant, est-ce que vous ne me jugeriez pas digne de la partager ? — Oui, Charles, me répondit-il, j’ai une peine, je vous la confierai ; et je vous crois si digne de la connaître, que je fonde ma consola-