Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/50

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faisait, ne serait pas joué ce dimanche, et je vins me cacher dans une niche que formaient la saillie du clavier et les côtés de l’instrument. J’ajustai le siège, qu’on avait démonté, de manière qu’il fît face aux bancs d’où je pouvais être aperçu, et je me résignai à attendre là mon sort, regrettant mille fois de n’avoir pas écouté, le soir précédent, la voix qui me défendait de revenir sur mes pas.

Bientôt quelques personnes entrèrent, la galerie se remplit tout autour de moi ; et, comme pour rendre mon angoisse plus forte, l’assemblée se trouvait plus nombreuse qu’à l’ordinaire. Toutefois je remarquai une préoccupation qui pouvait m’être favorable ; et, quand je me fus aperçu que j’en étais en partie l’objet, la curiosité suspendit pour quelques instants mes alarmes.




Autour de moi, l’on parlait de mon départ, de M. Prévère, du chantre. Personne ne blâmait celui-ci, quelques-uns plaignaient Louise, d’autres trouvaient que M. Prévère avait eu tort de m’élever chez lui. Une voix ajouta : « Voyez-vous, qui ne naît pas de bon lieu finit toujours mal. — C’est sûr, reprit une autre voix ; c’étaient des mendiants qui n’en savaient que faire, et ils l’ont posé là. M. Prévère les aurait connus s’il avait voulu, à telles enseignes qu’on lui dit que Claude, revenant des chalets, avait vu la mère au bois d’en haut ; mais il ne voulut jamais qu’on leur courût après. Comme ça, l’enfant lui est resté.

— C’était pour bien faire, reprit un autre homme. « Le bon Dieu me l’envoie, que M. Prévère se sera dit ; l’irais-je rendre à ces vauriens pour qu’ils le jettent dans un puits ? » Et il l’a gardé. C’est-il mal fait ? Moi,