Page:Verhaeren - Poèmes légendaires de Flandre et de Brabant, 1916.djvu/22

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Aux coins masqués des sentes et des routes,

Vous n’interrompiez pas

L’élan calme et chrétien de son grand pas.


À mesure que se dressait l’obstacle

Devant ses yeux fervents et clairs,
Le Saint voyait les rais de ses futurs miracles,
Luire au travers.
Avec des mots de paix et de prière
Il bénissait l’horreur des lieux qu’il traversait,
Et la tempête énorme et les haines guerrières
Et l’unanime aboi des rages carnassières

Cessaient.


Là-bas, sous les hauts cieux de sa terre lointaine,

Dans le roux Languedoc ou la pourpre Aquitaine,
Le merveilleux soleil comme une grappe d’or.
Semblait mûrir la vie aux treilles de l’espace.
Des pays fiers et doux y nourrissaient les races.
Les îles de la mer y rappelaient encor
Les anciens paradis d’où s’envolaient les anges.
Tel matin de moisson ou tel soir de vendange,

La lumière y versait un tel enivrement,