Page:Verhaeren - Poèmes légendaires de Flandre et de Brabant, 1916.djvu/24

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Même devant l’emblème effarant et sacré

De Thor, dont il niait la puissance avilie,
Le saint priait et discourait.
Il s’affirmait mystérieux et téméraire.
Il unissait en lui tant de forces contraires
Et son silence était si merveilleux d’ardeur
Que ceux dont il domptait et enlevait la peur
Soudain abandonnaient leurs autels et leurs prêtres
Rien qu’à le voir
Le soir

Comme un prodige blanc sur leur lande apparaître.


Un jour, là-bas, où la Lys et l’Escaut

Joignent les gestes clairs et souples de leurs eaux
Il établit la paix d’un double monastère.
Les murs, au bord des flots, penchant leur face austère
S’y reflétaient en y mirant la croix.
Deux simples tours montaient parmi les bois ;
Et les feuilles des arbres proches
Mêlaient leur bruissement confus
Aux tintements de l’Angelus,
Quand l’Aube, aux doigts d’argent, frôlait, là-haut, les cloches.

Tous ceux dont l’âme était, avec le Christ, d’accord