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UNE FACTORERIE.

lesquelles la chair, broyée et réduite en poudre impalpable, conserve tous ses éléments nutritifs sous un très petit volume. Ainsi triturée, cette viande n’exige aucune cuisson, et présente sous cette forme une alimentation très nourrissante.

En fait de liqueurs, le lieutenant Hobson emportait plusieurs barils de brandevin et de whisky, bien décidé, d’ailleurs, à économiser autant que possible ces liquides alcooliques, qui sont nuisibles à la santé des hommes sous les froides latitudes. Mais, en revanche, la Compagnie avait mis à sa disposition, avec une petite pharmacie portative, de notables quantités de « lime-juice », de citrons et autres produits naturels, indispensables pour combattre les affections scorbutiques, si terribles dans ces régions, et pour les prévenir au besoin. Tous les hommes, d’ailleurs, avaient été choisis avec soin ni trop gras, ni trop maigres ; habitués depuis de longues années aux rigueurs de ces climats, ils devaient supporter plus aisément les fatigues d’une expédition vers l’Océan polaire. De plus, c’étaient des gens de bonne volonté, courageux, intrépides, qui avaient accepté librement. Une double paye leur était attribuée pour tout le temps de leur séjour aux limites du continent américain, s’ils parvenaient à s’établir au-dessus du soixante-dixième parallèle.

Un traîneau spécial, un peu plus confortable, avait été préparé pour Mrs. Paulina Barnett et sa fidèle Madge. La courageuse femme ne voulait pas être traitée autrement que ses compagnons de route, mais elle dut se rendre aux instances du capitaine, qui n’était, d’ailleurs, que l’interprète des sentiments de la Compagnie. Mrs. Paulina dut donc se résigner.

Quant à l’astronome Thomas Black, le véhicule qui l’avait amené au Fort-Reliance devait le conduire jusqu’à son but avec son petit bagage de savant. Les instruments de l’astronome, peu nombreux d’ailleurs, — une lunette pour ses observations sélénographiques, un sextant destiné à donner la latitude, un chronomètre pour la fixation des longitudes, quelques cartes, quelques livres, — tout cela s’arrimait sur ce traîneau, et Thomas Black comptait bien que ses fidèles chiens ne le laisseraient pas en route.

On pense que la nourriture destinée aux divers attelages n’avait pas été oubliée. C’était un total de soixante-douze chiens, véritable troupeau qu’il s’agissait de substanter, chemin faisant, et les chasseurs du détachement devaient spécialement s’occuper de leur nourriture. Ces animaux, intelligents et vigoureux, avaient été achetés aux Indiens Chipeways, qui savent merveilleusement les dresser à ce dur métier.

Toute cette organisation de la petite troupe fut lestement menée. Le lieutenant Jasper Hobson s’y employait avec un zèle au-dessus de tout éloge.