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religion populaire. Optimisme et finalité , déisme et polythéisme , tout se conciliait dans leur synthèse un peu confuse. Sur tous les points, Carnéade les combat : il nie la finalité, il conteste les preuves de Texistence des dieux , il soutient que l’idée qu on se fait de la divinité est contradictoire , il réduit h Tabsurde les partisans de la religion populaire.
Pourquoi soutenir que tout dans le monde est l’œuvre d’une intelligence sage et prévoyante ^^)? Est-ce parce que tout se fait avec ordre , parce que le cours des saisons , les astres obéissent à des lois invariables ? A ce compte , il faudrait dire que le flux et le reflux de l’Euripe , les marées de l’Océan , les retours de la fièvre quarte sont des choses divines. Est-ce parce que tout est fait pour le bien de l’homme? Mais alors pourquoi tant de fléaux, d’animaux nuisibles, de maladies^^^? Est-ce parce que tout tend au bien de chaque être en particulier? Mais dira-t-on que c’est pour son plus grand bien que le pourceau est tué et mangé ^^^?
L’argument par lequel les stoïciens veulent prouver que le monde est intelligent peut servir à prouver tout ce qu’on veut^^^. Ils disent : ce qui a la raison vaut mieux que ce qui en est dépourvu; rien n’est meilleur que le monde, donc le monde est doué de raison. On pourrait dire de même : il vaut mieux connaître la musique que de l’ignorer ; rien n’est meilleur que le monde, donc le monde est musicien.
Quand vous voyez une belle maison, dit encore Chrysippe^^^
(^) Toute cette argumentation rapporta par Cicéron (De nai, dêor., III, n, aS êi teq.) n^est pas eipreasément attribuée à Carnéade. Mais nous savons par Cicéron que Carnéade avait longuement discuté cette question; de plus, quelques-unes des raisons invoquées par Cicéron nous sont données ailleurs (Porphyre, De abêtin., III, 90 ; Sext., M., IX, iko et ieq,) comme étant de Carnéade. On est donc autorisé à croire que Cicéron avait sous les yeux ou au moins avait lu le livre de Clitomaque et qu’il s*en servait. Cf. Thiaucourt, Euai iw kt traitét philoê, de Cicàim, Paris, Hachette, i885, p. sSg.
^^ Cic, Ac, II, xxxviii, lao.
(S) Porphyre, De abêtin., III, ao.
<*) Cic, ih fua. dmn-., III, ii, 93.
W Ibid, i, 26.