Page:Victor Brochard - Les Sceptiques grecs.djvu/154

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loi inexorable du destin. Mais alors à quoi sert la divination ^^^ ? Si on ne peut empêcher ce qui doit arriver, à quoi bon le prévoir ? Il vaut bien mieux l’ignorer. Quelle vie que celle de Priam si dès son enfance il eût connu le sort qui f attendait ! Dira-t-on que latlente d un mal peut l’alléger ? Mais le Jupiter d’Homère ne s’afflige-t-il pas de ne pouvoir soustraire son fils Sarpédon à la mort prédite par le destin ? En deux mots, s’il y a du hasard , l'avenir n’est pas certain , et ne peut être prédit. Et si l’avenir est certain , si tout est fatal , il n’y a pas non plus de divination , puisque la divination est définie le pressentiment des choses fortuites.

Serrons la question de plus près et entrons dan^ le détaiL II y a deux sortes de divination. La divination savante, qui repose sur des règles et des préceptes fixes; elle interroge les entrailles des victimes , interprète les prodiges , les coups de tonnerre , etc. La divination naturelle est une sorte d’inspiration accordée à quelques privilégiés sans préparation et sans art : les songes et les oracles révèlent l’avenir.

Sur quoi repose la divination savante ^^^ ? Comment a-t-on appris ce que signifient les entrailles des victimes ? Est-ce par une longue observation ? Qui a fait ces observations? Quelle en a été la durée? D’où a*t-on su que telle fissure annonce un péril, telle autre un succès? Les aruspices d’Egypte, d’Étrurie, de Carthage se sont-il mis d’accord sur tout cela? Au contraire ils sont divisés. Et les Dieux mêmes ne s’ent^dent pas entre eux^’). Si on sacrifie à plusieurs Dieux en même temps, l’un menace, tandis que l’autre promet; les mêmes entrailles offertes à Apollon sont favorables; à Diane, défavorables.

S’il y a des présages , comment sont-ils possibles ? Les partisans de la divination ont recours à un merveilleux subterfuge ^^\ Nous ne savons pas, disent-ils, la cause des présages, mais

t^) De div., II, Tiii, so.

(>} /M., III, s8.

W xTii, 38.

(*) XI, 37. Cf. XI, 46.