Page:Victor Brochard - Les Sceptiques grecs.djvu/79

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plus d’un trait dont il faut se défier, plus d’un détail trop légèrement accueilli. Mais tous ces faits » même s’ils ne sont pas absolument authentiques, nous montrent au moins quelle idée les anciens se faisaient de Pyrrhon, et parmi eux, vu l’ancienneté de la source à laquelle Diogène a puisé, ceux qui avaient pu recueillir les traditions les plus immédiates, et peut-être même connaître le philosophe. Si l’on peut s’en rapporter à ces documents, Pyrrhon est un personnage fort remarquable. Dans cette longue galerie d’hommes étonnants, bizarres ou sublimes, que nous fait parcourir l’histoire de la philosophie, il est à coup sûr un des plus originaux.

Il vécut pieusement ([texte grec]) avec sa sœur Philista, qui était sage-femme. À l’occasion, il vendait lui-même au marché la volaille et les cochons de lait ; indifférent à tout, il ne dédaignait pas de nettoyer les ustensiles de ménage et de laver la truie. Son égalité d’âme était inaltérable, et il pratiquait avec sérénité l’indifférence qu’il enseignait. S’il arrivait qu’on le quittât pendant qu’il parlait, il n’en continuait pas moins son discours, sans que son visage exprimât le moindre mécontentement. Souvent il se mettait en voyage sans prévenir personne, il allait au hasard et prenait pour compagnons ceux qui lui plaisaient. Il aimait à vivre seul, cherchait les endroits déserts,