Page:Victor Brochard - Les Sceptiques grecs.djvu/88

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au moins des philosophes qui nous sont donnés comme ses disciples. Philon d’Athènes, ainsi que l’attestent authentiquement deux vers de Timon, n’était d’aucune école ([texte grec]) : il vivait dans la plus complète indépendance, loin de toutes les disputes, et philosophait pour son propre compte. « Fuyant les hommes, dit Timon, étranger à toute école, ne conversant qu’avec lui-même, Philon ne se soucie ni de la gloire ni des disciples[1]."

De même, Nausiphanes témoignait à l’égard de son maître, en même temps qu’une grande admiration, une grande indépendance. Il disait qu’il fallait imiter la manière de vivre de Pyrrhon ([texte grec]), mais s’en rapporter à soi-même pour les idées ([texte grec]). Cette distinction de Nausiphanes, entre la [texte grec] et les [texte grec], est très significative, et marque bien le véritable caractère de l’ancien pyrrhonisme. Au surplus, Nausiphanes n’a pu écouter bien longtemps les leçons de Pyrrhon ; car il a été lui-même le maitre d’Epicure ; or Epicure a ouvert son école vers 310 av. J.-C. et il ne paraît pas[2] que Pyrrhon ait pu être de retour à Élis avant 322. Ajoutons que Nausiphanes appartenait plutôt à l’école de Démocrite qu’à celle de Pyrrhon : Cicéron l’appelle Démocritéen[3]

Euryloque ne nous est connu que par une anecdote. Il lui arriva, raconte Diogène, de s’irriter tellement contre son cuisinier, qu’il saisit une broche chargée de viandes, et le poursuivit ainsi jusque sur la place publique. Le fait que ce seul trait est arrivé jusqu’à nous, n’est-il pas un indice que pour tous ces philosophes, la grande affaire était moins de raisonner que de vivre impassibles et indifférents, et que la malice de leurs contemporains, curieux de voir s’ils tiendraient leur gageure, enregistrait soigneusement tous les traits d’inconséquence qui pouvaient leur échapper ? Euryloque lui aussi avait peu de goût

  1. Diog., IX, 69 ; Muilach, Frag, PkiUu. Grœcor., t I, p. 91, vers 80.
  2. Zeller, op, cit., 1. IV, p. 483, note 1.
  3. De Nat. De., I, xxvi, 78.