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I

ACTE II, SCÈNE IV. 525

Combien je chérissais cet heureux ministère ! Quel plaisir j’éprouvais dans le doux nom de frère 1

ARZAME.

Ah ! ne prononcez pas un nom trop odieux.

CÉStlNE.

Que dites-vous ?

IRADAN.

Ji faut m’arracher de ces lieux ; Renonçons pour jamais à ce poste funeste, À ce rang avili qu’avec vous je déteste, À tous ces vains honneurs d’un soldat détrompé, Trop basse aml)ition dont j’étais occupé. Fuyons dans la retraite où vous vouliez vous rendre ; De nos enfants, mon frère, allons pleurer la cendre : Nos femmes, nos enfants, nous ont été ravis ; Vous pleurez votre fdle, et je pleure mon fils. Tout est fini pour nous, sans espoir sur la terre, Que pouvons-nous prétendre à la cour, à la guerre ? Quittons tout, et fuyons. Mon esprit aveuglé Cherchait de nouveaux nœuds qui m’auraient consolé ; Ils sont rompus, le ciel en a rompu la trame. Fuyons, dis-je, à jamais et du monde et d’Arzame.

CÉSKNE.

Vous me glacez d’elTroi ; quel trouhle et quels desseins ! Vous laisseriez Arzame à ses vils assassins, À ses bourreaux ? qui ? vous !

IRADAN.

Arrêtez ; peut-on croire D’un soldat, de son frère, une action si noire ? Ce que j’ai commencé je le veux achever ; Je ne la verrai plus, mais je dois la sauver : j\ïes serments, ma pitié, mon honneur, tout m’engage ; Et je n’ai point de vous mérité cet outrage : Vous m’offensez.

ARZAME.

ciel ! ô frères généreux ! Dans quel saisissement vous me Jetez tous deux î Hélas ! vous disputez pour une malheureuse ; Laissez-moi terminer ma destinée affreuse : Vous en voulez trop faire, et trop sacrifier ; Vos bontés vont trop loin, mon sang doit les payer.