Page:Wilde - La Maison de la courtisane, trad. Savine, 1919.djvu/35

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maigres aigles de Rome volaient des Iles Britanniques aux lointains flots bleus de l’Euphrate, et tu régnais en noble reine sur les peuples, jusqu’au jour où l’on vit dans les rues le Goth et le Hun. Découronnée par l’homme, désertée par la mer, tu dors bercée dans une pauvreté solitaire. Désormais, sur ta rive où s’enflait la marée, les milliers de galères, comme une forêt de pin, ne vogueront plus, car là où flottaient constamment des vaisseaux à l’éperon de bronze, le berger morose joue ses airs pleins de tristesse, et les blanches brebis errent à leur gré dans les lieux où coulaient les eaux empourprées de l’Adria.

Quelle beauté ! Quelle tristesse ! O reine inconsolée, tu gis morte au milieu du charme des ruines, seule parmi toutes tes soeurs, car du moins le roi guerrier de l’Italie a franchi la plus fière des portes de Rome et a porté la couronne dans les tem-