Page:Zola - Vérité.djvu/13

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— Le petit Zéphirin, le neveu de ce Simon, de cet instituteur juif, un enfant infirme, mais si joli ; et il était catholique, lui, il allait chez les frères, il devait être à la cérémonie d’hier soir, car il venait de faire sa première communion… Que voulez-vous ? il y a des familles maudites.

Marc avait écouté, glacé, révolté. Et il cria, sans ménagement cette fois :

Simon, je le connais Simon ! Il était à l’École normale avec moi, il n’est mon aîné que de deux ans. Je ne sais pas de raison plus solide, de cœur plus tendre. Ce pauvre enfant, ce neveu catholique, il l’avait recueilli, il le laissait chez les frères, par un rare scrupule de conscience… C’est affreux, le malheur qui le frappe !

Et Marc s’était levé, frissonnant, et il ajouta :

— Je vais le trouver… Je veux savoir, je veux être là pour le soutenir dans son chagrin.

Mme Duparque n’entendait plus, poussait dehors Mme Berthereau et Geneviève, en leur laissant à peine le temps de mettre leur chapeau. La sonnerie du dernier coup venait de s’éteindre, ces dames se hâtèrent vers l’église, dans le lourd silence orageux du quartier désert. Et, après avoir confié la petite Louise à Pélagie, Marc sortit à son tour.

L’école primaire de Maillebois, toute neuve, et qui se composait de deux pavillons, l’un pour les garçons, l’autre pour les filles, se trouvait sur la place de la République, en face de la mairie, également neuve et de même style ; et la Grand-Rue, la route de Beaumont à Jonville, traversant la place, séparait seule les deux monuments, d’une blancheur de craie, dont le pays se montrait fier. Cette Grand-Rue, la rue marchande, sur laquelle se dressait aussi, plus bas, la façade de l’église paroissiale de Saint-Marin, était populeuse, animée d’un continuel va-et-vient de piétons et de voitures. Mais,