Page:Zola - Vérité.djvu/12

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Les frères y ont conduit ceux de leurs élèves qui ont fait leur première communion cette année, et ces enfants se sont un peu émancipés à causer et à rire, en passant sur la place… Cela vaut mieux que les jeux abominables des enfants sans morale et sans religion.

Du coup, le silence se fit, profond et gênant. On n’entendit plus que le bruit des cuillers dans les tasses. C’était pour l’école de Marc, pour son enseignement laïque, cette accusation de jeux abominables. Et, comme Geneviève lui jetait un petit regard suppliant, il ne se fâcha pas, il reprit bientôt la conversation, il causa de leur vie à Jonville, avec Mme Berthereau, il parla même de ses élèves, en instituteur qui les aimait, qui tirait d’eux des satisfactions et des joies. Trois d’entre eux venaient d’obtenir leur certificat d’études.

À ce moment, au-dessus du quartier morne et désert, la sonnerie de la cloche reprit, des coups ralentis qui semblaient pleurer dans l’air lourd.

— Le dernier coup ! s’écria Mme Duparque. Je le disais bien que nous n’arriverions pas !

Et elle se levait, elle bousculait sa fille et sa petite-fille, en train d’achever leur tasse, lorsque Pélagie reparut, tremblante, bouleversée, Le Petit Beaumontais à la main.

— Ah ! madame, ah ! madame, quelle horreur !… Le gamin qui apporte le journal vient de m’apprendre…

— Quoi donc ? dépêchez-vous !

La servante suffoquait.

— On vient de trouver assassiné le petit Zéphirin, le neveu du maître d’école, là, tout près, dans sa chambre.

— Comment ! assassiné ?

— Oui, madame, étranglé, et pendant qu’il était en chemise, et après toutes sortes d’abominations !

Un effroyable frisson passa, Mme Duparque elle-même frémissait.