Page:Zola - Vérité.djvu/22

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chambre, en sautant par la fenêtre, riant, jouant, disant que c’était bien plus commode et bien plus court. Un instant, je suis restée là, j’ai attendu qu’il eût allumé sa bougie.

Marc, qui s’était approché, écoutait avec attention. Il demanda :

— Et quelle heure était-il ?

— Dix heures juste, répondit Mlle Rouzaire. L’heure sonnait à Saint-Martin.

Des frissons passaient. Ce détail du pauvre gamin rentrant d’un saut dans la chambre, où il allait périr si tragiquement, attendrissait les cœurs. Et Mme Alexandre fit avec douceur la réflexion qui venait à l’esprit.

— Ce n’était guère prudent, cet enfant couchant seul ainsi, dans cette pièce écartée, ouvrant sur la place. On aurait dû, la nuit, mettre une barre aux volets.

— Oh ! il les fermait, dit Mlle Rouzaire.

De nouveau, Marc intervint.

— Hier soir, les a-t-il fermés, pendant que vous étiez encore là ?

— Non, je ne puis le dire. Quand je l’ai quitté, pour rentrer chez moi, en faisant le tour, il avait allumé sa bougie et il rangeait des images sur la table, la fenêtre grande ouverte. À son tour, l’adjoint Mignot vint se mêler à la conversation.

— Cette fenêtre inquiétait M. Simon, il aurait voulu pouvoir donner une autre chambre au petit. Aussi lui recommandait-il souvent de bien fermer les volets. Mais je crois que l’enfant ne l’écoutait guère.

Les deux religieux s’étaient, eux aussi, décidés à sortir de la chambre. Le père Philibin, après avoir déposé sur la table le numéro du Petit Beaumontais et le modèle d’écriture, ne parlait plus, regardait, écoutait, suivait surtout très attentivement chaque parole, chaque geste de Marc ;