Page:Zola - Vérité.djvu/28

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main sur le meurtrier, bien que la besogne ne soit pas toujours facile.

Seul, Marc gardait une incertitude, un malaise. Bien que, le premier, il eût conçu cette idée d’un inconnu se ruant sur Zéphirin, il en avait ensuite senti le peu de vraisemblance. N’était-il pas plus admissible que l’homme connaissait l’enfant et qu’il avait causé d’abord, le cajolant, le rassurant ? Puis la brusque et abominable tentation devait être venue, et la ruée folle, et les cris étouffés, et le viol, et le meurtre, dans l’épouvante. Mais cela était si confus, que Marc, après en avoir eu comme une intuition rapide, était retombé aux ténèbres, aux débats anxieux des hypothèses contradictoires. Il se contenta de dire à Simon, pour achever de le calmer :

— Tous les témoignages concordent, la vérité se fera vite.

Enfin, à ce moment, comme Mignot revenait, après avoir décidé Mme Simon à ne pas quitter sa chambre, le maire Darras arriva, en amenant avec lui trois gendarmes. Darras, un entrepreneur de maçonnerie en train de faire une belle fortune, était un gros homme de quarante-deux ans, à la face ronde et rose, blond, les cheveux courts, la face rasée. Tout de suite, il fit pousser les volets, mit deux gendarmes devant la fenêtre, tandis que le troisième allait, dans le couloir intérieur, garder la porte de la chambre, simplement fermée au pêne. Jamais Zéphirin ne la fermait à clef. Et, dès lors, la consigne sévère fut de ne plus toucher à rien, de ne plus même approcher du théâtre du crime. Tout de suite, le maire avait télégraphié à Beaumont, au Parquet, et l’on attendait les magistrats, qui sûrement allaient arriver par le premier train. Le père Philibin et le frère Fulgence ayant prétexté leurs affaires, cette distribution des prix de l’après-midi qui les occupait, Darras leur conseilla de se hâter, puis de revenir, car sûrement le procureur de la